Faut-il avoir peur des réunions publiques ?
Exercice serein de démocratie participative ou fosse aux lions ? Nombreux sont les porteurs de projet qui abordent les réunions publiques avec de l’appréhension. Et pour cause : l’exercice est particulier et il faut s’y préparer…
En matière de concertation, et en dépit de l’existence d’outils d’expression à distance – notamment internet –, les réunions publiques restent un exercice quasi obligatoire aux yeux de nombreux porteurs de projets ou d’élus. Au point de considérer parfois qu’une concertation sans réunion publique n’est pas une concertation… voire qu’une réunion publique est à elle seule toute la concertation !
Il faut donc prendre les réunions publiques pour ce qu’elles sont : des moments utiles d’information et d’échanges, qui permettent un lien direct entre le public et les porteurs du projet. Et être par ailleurs conscient de leurs limites pour la construction collective du projet ou de la décision : les réunions publiques sont des scènes de théâtre, et le spectacle est parfois davantage dans la salle que sur la scène, car les acteurs sont partout ! Le dialogue peut donc y être serein et fructueux, comme il peut être rapidement battu en brèche par quelques opposants structurés et habitués de l’exercice, jusqu’à véritablement empêcher le déroulement des échanges.
Les réunions publiques
sont des scènes de théâtre
Alors comment faire ? Il n’y a pas de recette miracle, mais voici quelques conseils pour aborder aussi sereinement que possible une réunion publique :
• l’inscrire dans un dispositif de concertation plus large : permanences d’accueil du public, exposition avec registres d’expressions… ce qui permet de dire, au cours de la réunion, que celle-ci n’est pas le seul moyen de s’exprimer… C’est souvent utile pour conclure si la salle est un peu agitée ;
• faire une présentation courte (20 minutes), quitte à privilégier quelques messages essentiels et à ne pas tout dire : faites confiance au public pour qu’il pose les questions qui fâchent ! Dès lors, ne pas aborder certains sujets sensibles pendant la présentation, pour les « laisser venir » au cours des échanges, peut être un choix tactique tout à fait recevable ;
• écouter attentivement ce que disent les participants et répondre scrupuleusement à toutes les questions : il ne faut pas hésiter à les prendre en note pendant que le public les pose – c’est même une marque d’attention et de respect – et à regarder la personne qui parle. A contrario, rien n’est plus désagréable qu’un représentant assis à la tribune qui discute avec son voisin pendant qu’on lui pose une question. Une fois les questions posées, les rappeler au fur et à mesure (« Madame, vous avez posé la question sur… ») et y répondre de manière courte et claire. N’essayez pas de contourner le sujet, cela se voit et irrite légitimement le public ;
• répondre en s’adressant à tout le monde, et pas uniquement à celle ou celui qui a posé la question. De nombreuses personnes viennent à une réunion publique pour s’informer, et même si elles ne prennent jamais la parole – car l’exercice est compliqué pour tout le monde – elles n’en demeurent pas moins intéressées par le sujet et cherchent à se construire une opinion. C’est à ces personnes qu’il faut penser lorsque l’on répond à une question, surtout si l’on a été interpelé par un opposant : généralement, quelle que soit la réponse, il le restera, et ce n’est donc pas lui qu’il faut chercher à convaincre…
Le recours à un animateur est parfois un moyen supplémentaire de se rassurer. C’est effectivement une possibilité. Mais attention, l’animateur n’est pas là pour protéger l’orateur, mais pour veiller à ce que l’information soit claire et à ce que chaque question obtienne une réponse… Sa présence peut néanmoins être utile pour réguler les échanges, apaiser le climat et faciliter l’expression de tous.
Nicolas Camous
