Vous êtes mis en cause dans la presse ?...
… que faire ? Tout dépend de la gravité de l’erreur ou des jugements émis à votre sujet et qui vous déplaisent. Eric Tenin, journaliste et animateur du blog plein de ressources Les trucs d’un journaliste pour faire parler de vous dans les médias, explique la marche à suivre. Les conseils ci-dessous sont reproduits avec son aimable autorisation.
Pour commencer, je voudrais rappeler un point important, que l’on oublie – trop – souvent. En France, la presse est libre. Elle est donc libre de parler d’une entreprise, même si celle-ci ne le souhaite pas, elle est libre de parler d’un individu même s’il désire rester discret, de porter un jugement sur un produit, un spectacle ou un service sans le consentement du fabricant, du producteur ou du prestataire…
Donc si vous pensez qu’il est normal que l’on dénonce un homme politique corrompu ou une entreprise qui pollue, que l’on critique un film ou un spectacle ou que l’on mène des tests comparatifs pour vous aider à mieux acheter une machine à laver ou un téléphone mobile et bien il faut accepter cette règle également lorsqu’elle touche votre entreprise, voire vous-même.
Attention, j’ai dit que la presse était libre, mais il y a de nombreux garde-fous. Le droit à l’image, par exemple, sur lequel je reviendrai ultérieurement. Et bien sûr, le délit de diffamation qui interdit à un éditeur de publier des fausses accusations envers un individu ou une personne morale. Rajoutez à cela la déontologie des journalistes qui impose l’intégrité, l’équité, la vérification des faits… (voyez cette entrée de Wikipedia si le sujet vous intéresse). Tous ces dispositifs n’empêchent évidemment pas les médias de faire des erreurs, voilà pourquoi je vous propose un petit guide en fonction de la situation.
1. S'il s'agit d'une erreur sans grande importance telle que : un chiffre inexact, une erreur sur un titre ou une fonction, une mauvaise légende de photo...
Appelez poliment le journaliste ou envoyez-lui un mail disant :
« Merci de m’avoir cité / d’avoir cité mon activité / mon entreprise…, toutefois je me permets de vous indiquer que mon nom s’écrit avec deux « t » / que je ne suis pas le directeur du marketing de Mashpro SA, mais le directeur du marketing pour la France / ... Rien de bien grave, mais je tenais à vous le signaler au cas où vous auriez la gentillesse / le souhait de m’interviewer / me citer une prochaine fois. »
2. S'il s'agit d'une erreur plus grave pouvant porter préjudice à vous-même ou à votre entreprise (par exemple on vous a attribué la responsabilité d'un échec qui n'est pas de votre fait ou l'on a écrit que vous alliez délocaliser la production alors qu'il n'en s'est pas question ou l'on a dit que votre entreprise n'avait pas remporté un contrat à cause d'un matériel défectueux, alors que ce n'est pas vrai).
Envoyez un mail disant :
« J’ai lu avec attention votre article sur XXX pour lequel vous m’aviez interviewé le 3 mai dernier. J’ai bien retrouvé l’essentiel de mes propos, toutefois j’ai relevé une contrevérité importante. Je n’ai jamais dit « Nous cherchons des moyens de délocaliser la production pour abaisser les coûts » mais « Nous cherchons des moyens de baisser les coûts de production ». Cette affirmation me porte vraiment préjudice [justifier le préjudice] et ne va pas manquer d’entacher ma crédibilité lors de notre prochain comité d’entreprise.
Je vous serais donc très reconnaissant de bien vouloir faire paraître un rectificatif dans votre prochain numéro, et de me le confirmer par mail dans les meilleurs délais afin que je puisse le faire circuler en interne. »
En cas de refus ou de non réaction, passez au point 4.
3. S'il s'agit d'un jugement discutable, sur lequel vous n'êtes pas d'accord. Par exemple on vous désigne comme « le porte-flingue » d’Untel ou Untel. On qualifie votre entreprise de « en perte de vitesse », alors que tout dépend si l’on parle en termes de parts de marché ou de chiffre d’affaires, ou votre dernier produit de « très laid » alors que vous le trouvez très beau…
Il s’agit d’un cas d’interprétation, le problème est donc beaucoup plus délicat. Comme je l’ai signalé en introduction, en France, la presse est libre. Il est donc possible de porter un jugement de valeur sur un individu ou une personne morale, sans que cela soit répréhensible par la loi. En gros, vous ne pouvez pas faire grand-chose, sauf si… vous vous estimez diffamé (voir le point suivant).
4. S'il s'agit d'un jugement erroné. On a écrit par exemple que « Les banques ne veulent plus prêter d'argent à votre entreprise » alors qu'elle vient d'en contracter un. Qu'un de vos produits connaît un taux de retour très élevé alors que c'est faux ou bien que vous avez licencié un collaborateur parce qu'il ne portait pas de cravate alors que ce n'est jamais arrivé.
Les médias sont libres, mais il ne leur est pas permis de diffamer, ni d’injurier un individu ou une personne morale. Seul problème : il faut pouvoir prouver que le passage incriminé constitue bien une injure ou une diffamation. Inutile de vous dire que cela est largement sujet à interprétation… Si vous vous sentez vraiment attaqué, commencez par essayer de faire paraître un droit de réponse (voir ci-dessous), mais si cela vous est refusé ou si vous souhaitez aller plus loin et demander des dommages et intérêts, il vous faudra passer par un avocat qui saisira les tribunaux.
Eric Tenin
La suite avec une interview de l’avocate Murielle Cahen sur le blog d’Eric Tenin.
