Gaz de schiste, nucléaire : où est le débat ?

Gaz de schiste, nucléaire : où est le débat ?

Articles » Crise & risque d'opinion

La question de l’avenir énergétique de la France fabrique de l’agitation médiatique, du happening plutôt que de la rigueur et de la sérénité : où est passé le débat sur la filière nucléaire, suite à l’accident de Fukushima, et sur l’exploitation des gaz de schiste ?

Pour les observateurs et professionnels de la concertation et du débat public, le premier semestre 2011 laisse un étrange arrière-goût. Rarement la question de l’avenir énergétique de la France et du choix de mix énergétique « cible » n’a été posée avec autant de force, et ces enjeux interpellent chacun.

Nucléaire et gaz de schiste ont déchaîné les passions, au point que même le rapport parlementaire de MM. Gonnot et Martin ne parvient pas à présenter des conclusions convergentes, fussent-elles a minima

Sommes-nous donc incapables de réfléchir et de débattre de ces questions ? La manière dont les sujets sont traités peut laisser pantois, même si elle n’est pas nouvelle.

Où sont passés les éclairages
stratégiques, géopolitiques, environnementaux… ?


Dans le cas du nucléaire, alors que l’Allemagne (et l’Italie récemment) prend une décision politique forte, il semble hors de question, du moins pour le moment, d’engager le débat dans notre pays. Certes, la décision allemande repose sans doute sur une opinion dont le niveau de réflexion sur la question énergétique est plus ancien que celui de l’opinion française, notamment sous l’influence des Verts allemands depuis plusieurs dizaines d’années.

Mais le sujet du nucléaire a donné lieu ici en France à des prises de positions aussi prévisibles que stériles. Et pourtant la question est légitime : peut-on oui ou non se passer du nucléaire à long terme ? En le remplaçant par quoi ? Avec quelle efficacité ? Avec quelles conséquences pesées, tant sur les plans stratégique, géopolitique, environnemental, écologique, que sur celui des risques ? Etc. Voilà de belles thématiques de débat… même si le timing électoral ne milite pas pour une mise en œuvre avant plusieurs mois…

Quand les inquiétudes (légitimes)
ferment tout débat


Le sujet des gaz de schistes a connu un scénario différent : il a été fermé avant même d’être ouvert… Mais il suffirait de peu pour qu’il reprenne. D’ailleurs, certains opposants poursuivent leurs actions même après la décision du gouvernement d’interdire l’exploitation de certains gisements – sans pour autant abroger les permis accordés aux industriels.

Dans ce cas, comment ne pas regretter que le thème des techniques d’extraction (au premier rang desquelles la fracturation hydraulique) et de leurs conséquences environnementales ait tendu un rideau de fumée, empêchant tout éclairage sur la question centrale des choix énergétiques de demain, sur laquelle l’opinion publique souhaite aussi des réponses ?

Qui doit se saisir du sujet ?


Ferons-nous à terme l’économie d’un débat ? Bien évidemment, non. La question énergétique est l'une des plus importantes parmi celles qui se posent à nous à l’horizon des cinquante prochaines années. Et à ce stade, personne n’a raison et personne n’a la solution. Sur cette question comme sur d’autres, il n’y a pas une vérité, il y a des décisions à prendre, avec leurs avantages et leurs inconvénients. Et la moindre des choses serait que les Français puissent prendre part à ce débat, qui concerne leur avenir, de manière responsable et éclairée…

Alors, quel débat ? Est-ce à la représentation nationale seule de s’en saisir ? Peut-on espérer un grand débat public national – pourquoi pas sous l’égide de la Commission nationale du débat public ? – qui permettrait d’aborder la question sous ses différents aspects ? Faut-il un « Grenelle de l’Energie » ? La réponse ne sera bien évidemment pas connue avant l’automne 2012, au mieux… Mais la question, elle, mériterait d’être posée par les différents candidats à la présidence de la République, non sur la solution à mettre en œuvre, mais sur la manière de la définir.

Nicolas Camous