Stuttgart 21 : sortie de crise !

Stuttgart 21 : sortie de crise !

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Le 27 novembre 2011, le Bade-Wurtemberg s’est prononcé par référendum sur l’avenir du projet ferroviaire Stuttgart 21. 58,8 % des votants ont dit oui à sa poursuite, après cinq ans d’une contestation très dure. Retour sur les fondements et les étapes d'une grande crise d'opinion.

Le contexte


Stuttgart 21 est un très grand projet de réorganisation du réseau ferroviaire dans et autour de la ville de Stuttgart. L’objectif est la création d’une ligne circulaire qui permettrait des gains de temps importants pour les trains traversant l’agglomération, une nouvelle liaison vers le Sud-Est et une augmentation globale de la capacité du réseau, aujourd’hui très encombré, pour tous les types de trafic.
D’un coût estimé entre 5 et 7 milliards d’euros, avec dix ans de chantier, le projet comporte notamment 55 km de lignes nouvelles dont une bonne partie en tunnel et une restructuration complète de la gare centrale de Stuttgart. La gare, aujourd’hui à rebroussement, serait appelée à devenir traversante et souterraine (voir simulation ci-dessous). En pleine ville, à proximité du Parc du Château, le réaménagement de la gare est très sensible sur le plan urbain. Le maître d’ouvrage est la Deutsche Bahn (DB), les chemins de fer allemands.

© Deutsche Bahn AG


Les premières étapes du projet


Les études de faisabilité du projet démarrent en 1994 sur la base d’un plan datant de 1988. La procédure de validation se met en place en 1996. Le projet est soumis au public début 1997, puis quelque peu amendé suite à ce qui s’apparenterait à une enquête publique en France, avec 13 700 remarques du public – sans déclencher cependant à ce stade de contestation majeure.
Des atermoiements et négociations entre les acteurs publics appelés à financer l’opération retardent le projet, qui est enfin inscrit au plan d’investissement de la DB en 2009, soit douze ans après la consultation du public. Les travaux démarrent en février 2010.

La contestation des habitants de Stuttgart


La seule action auprès du public conduite dès 1988 a été l’installation d’une tour d’information de quatre étages à côté de la gare centrale de Stuttgart, qui a reçu 2 millions de visiteurs jusqu’en 2007.
La contestation du projet devient cette année-là de plus en plus active. A partir de fin 2009, des manifestations ont lieu chaque lundi et culminent avec 50 000 participants en septembre 2010.
Centrée au départ sur des enjeux urbains et de cadre de vie à Stuttgart, avec notamment le refus de voir démolir une aile de la gare et couper des arbres du Parc du château, la contestation se transforme peu à peu en un refus de la fonctionnalité même du projet.
Les opposants craignent une moins bonne desserte locale et régionale. A ce moment-là pourtant, les sondages d’opinion montrent que si les habitants de Stuttgart sont défavorables au projet, le reste du Bade-Wurtemberg y est plutôt favorable.
Au Landtag (parlement du Land), les Verts sont opposés au projet, le SPD y est plutôt favorable, la CDU et le FDP sont totalement engagés en sa faveur.


La médiation


En octobre 2010, après une grande manifestation et des heurts avec la police, un médiateur est nommé. Il s’agit du Pr Heiner Geissler CDU, ancien ministre fédéral des Transports. Il dispose d’une autorité morale et d’une grande compétence en matière ferroviaire. Une forme de concertation se met finalement en place, à laquelle tous les acteurs concernés sont invités.
En novembre 2010, les résultats de la médiation sont présentés : des travaux complémentaires devront être effectués et un « stress-test » devra être réalisé pour juger de la capacité du nouveau fonctionnement du réseau. Tous les participants se félicitent de l’avancée de la démocratie directe. Il est décidé de mettre en place un « forum citoyen » pour « éviter le manque de confiance » - en fait pour suivre les résultats de la médiation.

Les élections au Landtag
en mars 2011


Les Verts et le SPD s’engagent à organiser un référendum sur le projet s’ils sont élus, pour préserver l’hypothèse d’un éventuel accord de gouvernement « rouge-vert ». Le projet Stuttgart 21 est cependant renvoyé au second plan par la question du nucléaire suite à la catastrophe de Fukushima.


Le stress-test


Des études informatiques de simulation sont conduites en vue du « stress-test » visant à vérifier si les infrastructures et le fonctionnement prévu permettent de répondre à la demande croissante de trafics ferroviaires de toutes catégories.
Le principe de cette modélisation lourde est accepté par la plupart des protagonistes qui font en principe confiance aux résultats qu’elle produira. La préoccupation porte surtout sur le S-Bahn (RER) et les trains régionaux aux heures de pointe. Des incidents sont inclus dans les hypothèses de simulation.
Les résultats sont connus en mai 2011 : au prix de quelques améliorations, le projet se révèle opérationnel. Ce résultat pose la question du choix stratégique des Verts au sein de la coalition vert-rouge : ce n’est plus la fonctionnalité du projet qui est contestée, mais son coût.

© dapd

Le référendum


Comme ils s’y étaient engagés, le ministre-président Vert du Land de Bade-Wurtemberg Winfried Kretschmann et le chef du SPD au Landtag Nils Schmidt ont lancé le référendum sur le projet. C’est un « fusil à un coup ». 58,8 % des votants se prononcent en faveur de la poursuite du projet, marquant l’issue d’une crise très lourde. Avec ce score favorable, il est désormais difficile de revenir en arrière, d’autant que la DB a annoncé qu’elle dispose d’un engagement financier du Land et qu’elle n’hésitera à se faire dédommager par voie de justice si nécessaire.
La DB va relancer les travaux en début d’année 2012 pour laisser « les esprits s’apaiser ».

Martine Arnold